Archive pour la catégorie ‘Divers’

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Morvan (2)

17/10/2010

Le camion se gara sur la place du village recouverte de neige.

Le conducteur entra au Café de France, s’assit à une table et passa commande. Il y avait un peu de monde dans la salle en ce samedi matin. A son passage, certains clients le saluèrent d’un mouvement de tête. Au comptoir, un jeune buvait sa bière et commentait ses gains au Kéno avec son voisin au teint lisse et blanc, que l’eau de vie coulant dans ses veines comme coulent les jours ne parvenait plus à colorer. Attablé au milieu de la salle, un autre étudiait les pages turf de l’édition week-end du Bien Public.

Le patron allait des uns aux autres, servait les consommations, encaissait. Avec lenteur, les choses les unes après les autres.

Ni fumée de cigarettes, ni musique. Le silence dans le café était étrange, à peine quelques bribes de voix et les chaises déplacées sur la mosaïque de hasard. Des sons tamisés, assourdis, déjà lointains, comme un écho à un autre monde. Chaque jour, chaque samedi matin, immuablement, ils revenaient ici chercher quelque chose d’enfoui dans le passé, une blessure cachée au plus profond ; irréels, absents à eux-mêmes, ils ne pouvaient faire autrement, ils ne pourraient se défaire, jusqu’à nommer la noirceur. Ce n’étaient plus que des âmes errantes prisonnières de ce lieu, des figurines reliées au fil du mal qu’on leur avait fait.

Toute vie avait reflué, même au Café de France.

Habillée d’une jupe en jean sur des collants noirs et d’une courte veste en cuir, une femme au visage bouffi claqua la bise au patron. Il lui demanda : Et il est pas v’nu Johnny ? Elle rit et toussa en même temps. Il est mignon le p’tit quad dehors ! lança t-elle en levant le menton vers l’entrée, avec un air soudainement attendri.

Un chien vint se coucher aux pieds du conducteur.

Des images défilaient sur les écrans suspendus.

Des images défilaient dans sa tête.

Il sortit deux pièces de monnaie de sa poche, régla son café et se leva.

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15 septembre 2010 : la journée du transport public

07/10/2010

La journée du transport public s’est déroulée le 15 septembre 2010 partout en France. En toute discrétion. Si vous vivez dans une métropole, il est fort probable que ce soit pour vous tous les jours l’enthousiasmante journée du transport public. Si vous vivez à la campagne, il n’y pas de transport public.

Le site  Internet de promotion de cette grande fête  nous informe que cette journée ouvre la semaine de la mobilité et de la sécurité routière. La Ville de Paris fêtait en effet le vélo et les mobilités électriques le week-end du 18 et 19 septembre 2010.

On doit cependant se demander si le vélo constitue bien un transport public. A partir de combien d’usagers la bicyclette peut elle-être considérée comme un transport public ? Read the rest of this entry ?

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Je m’ennuie ! (Sarkozy Addict)

26/09/2010
Et depuis deux jours… plus rien ! Soudain, le silence. Presque le néant. Ca fait du bien. En même temps, on sent poindre comme une vague inquiétude, un manque, presque de l’ennui.
Mais que se passe-t’il ? Cette semaine, les enfants Roms ont pu retrouver leur quiétude, nu-pieds dans les flaques d’eau sous les ponts autoroutiers. L’affaire Bettencourt, a disparu – temporairement – de l’actualité. La question des retraites semble réglée. Le mouvement social, comme le temps, est suspendu jusqu’au 2 octobre.
Oui, mais jusque-là ? Quel est le programme ? Le sujet d’actualité ? Je panique ! Depuis deux jours, plus rien ! Le sevrage est trop violent. Je veux le titre du prochain spectacle : une menace “réelle” d’attentat ? Je suffoque ! L’arrestation irréelle d’une femme en burqa ? Un nouveau Premier Ministre fantôme ? Des vrais otages libérés ?
Il faut nous occuper !
Vite, un nouveau numéro !
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Morvan

11/09/2010



Les premiers flocons piquetaient les champs de vigne comme autant de grains d’argent d’une photographie noir et blanc.
Le camion avançait, peinant dans les montées.
Un duvet blanc recouvrait peu à peu la route, obligeant le conducteur à ralentir ; la neige glissait sur le pare-brise.
Des virages négociés.
Un long ruban blanc traversant le Morvan.
Des villages fantômes.
Deux feux rouges dans la tempête.
A la sortie d’une courbe, le camion passa devant une station-service presque abandonnée.
Deux pompes étaient scellées à une dalle en béton, en retrait du terre-plein bordant la route  sur lequel se balançaient les tarifs des carburants poussés par les rafales de vent.
Derrière la vitrine, une ampoule allumée pendait au plafond ; la porte était entr’ouverte.
Dehors rouillaient des carcasses de voiture, capots ouverts, comme des entrailles offertes au ciel ; des bidons renversés jonchaient le sol ; les herbes folles poussaient au milieu des pneus et des portières.
En limite de ce cimetière, un panneau en bois vermoulu planté de guingois sur lequel il était inscrit : Johnny la Pompe.



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Ligne 325, Vincennes – Bibliothèque François Mitterrand, via Maisons-Alfort

30/07/2010
Avenue Général de Gaulle, le Limes, frontière invisible entre Maisons-Alfort et Alfortville. Franchir l’avenue, en direction d’Alfortville. Faire une centaine de mètres jusqu’à l’arrêt de bus. 

Attendre 10 minutes. Il pleut.

Montez dans le bus. Une femme noire nous passe devant. Elle descendra 300 mètres plus loin. Prenez place. J’oubliais : compostez votre titre de transport.

Peu de monde en ce mercredi après-midi 14 juillet.

Trois jeunes s’engouffrent à leur tour. T-shirt, Nike et pantalon de survêtement Adidas. La mode est élégante. Ils ne compostent pas. Il sont chez eux et se dirigent directement vers les places arrières.

Une femme noire monte avec une poussette.

Le bus repart vers la grisaille. Le pont au-dessus de la Seine. Arrêt suivant. Puis Ivry.

Quelques nouveaux voyageurs ; un homme portant une veste avec une très forte odeur de transpiration imprégnant ses vêtements. Pas agréable. La grisaille est dehors et dedans. La population est pauvre et mal habillée. Dans la rue, c’est sale.

Les trois jeunes d’origine maghrébine nous font partager leur musique qui braille, nasillarde, d’un téléphone portable vissé à la main.

Un peu plus loin, l’homme à la veste descend à son tour. On le surprendra à soulever quelques déchets dans une poubelle en quête de nourriture.

Le bus continue le long des quais de Seine. Paris. Puis, l’arrivée à Bibliothèque François Mitterrand. Cinéma MK2. Changement de décor. Bienvenue chez les Bobos consommant culture et terrasses de café.

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Entretien avec Gérald Demôle, résistant, “Franc-tireur de l’intérieur”

19/06/2010
- Céphéides : Gérald Demôle, bonjour. Le blog Céphéides vous remercie d’accorder cet entretien et d’avoir trouvé le temps de nous recevoir dans votre agenda médiatique surchargé. Le grand public sait que vous êtes toujours par monts et par vaux, pris par vos activités d’intellectuel. A traquer l’injustice, à résister…

C’est ici, dans un grand hôtel niçois que vous aimez vous ressourcer et vous extraire du regard du monde ?

- Gérald Demôle : Oui, j’aime beaucoup ce lieu, qui est très reposant. Les palmiers, la piscine… A deux pas de la plage. C’est une retraite en quelque sorte. Les gens sont très sympathiques, ils sont fraternels. N’oublions pas que nous sommes ici en zone libre.

Gérald Demôle part d’un grand rire.

- Céphéides : Vous avez suivi avec intérêt les commémorations de l’appel du 18 juin 1940. Qu’est-ce que cela évoque pour vous ?

- Gérald Demôle : Cela renvoie à notre époque, qui est tout sauf héroïque. Beaucoup pensent qu’il n’y a plus de combat à mener. L’époque est résignée. Le 18 juin 1940, c’est tout le contraire de la résignation, c’est l’espoir et le souffle de la liberté.

Nous sommes au bord de la piscine, une jeune femme en bikini s’approche. C’est la serveuse. Gérald Demôle commande un banana split.

- Gérald Demôle : Je regrette parfois de n’avoir pas vécu ces moments exaltants. J’aurais rejoint Londres dès les premières heures pour batailler contre les nazis.

- Céphéides : Vous vous qualifiez de franc-tireur de l’intérieur, de résistant. Mais quel acte de votre vie qualifieriez-vous d’acte de résistance ?

- Gérald Demôle : Et bien, je pourrais vous parler par exemple du 21 avril 2002. C’était un très beau week-end ensoleillé, je n’avais pu aller voter car j’étais justement venu ici me reposer en posant une RTT. Merci mon p’tit (Gérald Demôle s’adresse à la serveuse qui revient avec le banana split et lui donne une petite tape sur les fesses). Donc le 21 avril, oui, je me suis effondré à l’annonce des résultats du 1er tour, c’était presque irrationnel, j’étais submergé par l’émotion, une vraie fontaine. C’était en quelque sorte mon 18 juin 40, une capitulation inacceptable. Il fallait retourner au combat, prendre des coups. Rien n’est jamais acquis, même dans la patrie des droits de l’homme. J’ai donc quitté Nice en catastrophe le lundi soir pour rejoindre Paris qui commençait à s’animer. Premières manifs, réunions… Entrer en résistance. Je crois en fait qu’on n’entre pas en résistance, c’est un état permanent, de dire non, de s’opposer au risque de sa vie. Donc, peu à peu les choses se sont organisées, j’avais mes entrées à France Inter, pendant quinze jours on a tenu l’antenne, avec Pascale Clark. Voyez-vous, partout à l’étranger, une telle quinzaine aurait été qualifiée de propagande. En France, c’est de la résistance. C’est ça la France, ou plutôt une certaine idée de la France. Ca a marché, les fachos ne sont pas passés. No Pasaran !

- Céphéides : Et dans la France de 2010, vous pensez qu’il y a encore matière à résister ?

- Gérald Demôle : Plus que jamais. Les libertés sont rognées une à une. Il faut plus de garanties, plus de lois, plus de droits. Prenez par exemple les fichiers de Police. Les caméras de surveillance. Atteinte à la vie privée. Scandaleux ! Qui le dit ?

- Céphéides : Mais vous vous êtes fiché vous-même sur facebook, on connaît vos moindres faits et gestes, vos fréquentations, vos amours, vos vacances, des vidéos de vos soirées. Vous twittez du matin au soir… Vous êtes un intello médiatique !

- Gérald Demôle : Certes, mais c’est librement consenti. Ce qui compte, c’est la liberté, le libre consentement. N’oubliez pas : Liberté Egalité Fraternité. Et j’ajoute : Résistance ! Avec le risque à peu près certain de l’inconfort, inconfort matériel, et le risque du rejet social.

- Céphéides : Pour quelle personnalité actuelle avez-vous de l’intérêt ?

- Gérald Demôle : Et bien, je suis avec attention le parcours de Jérôme Kerviel, entré en résistance contre les puissances financières qui le persécutent. Je vais d’ailleurs lancer une pétition de soutien et lui proposer de se réfugier dans ma résidence du Sud-Ouest, près de Biarritz. Vous savez, il faut craindre l’argent, ses tentations, sa corruption. Il faut le mettre loin de soi.

- Céphéides : Quelle forme peut prendre la résistance aujourd’hui ?

- Gérald Demôle : je répondrai tout de go : la résistance du coeur. Il faut opposer son coeur, le “Care”. Ecouter ses émotions et sa générosité. La résistance doit être citoyenne : il faut que chacun reprenne les commandes politiques en étant à l’écoute de l’autre, dans la fraternité.

- Céphéides : C’est presque un sermon.

- Gérald Demôle : Vous me connaissez, je condamne toute religion, je suis pour la laïcité de combat, il faut lutter pied à pied contre toute forme d’intolérance.

- Céphéides : Oui, mais concrètement, les apéros à la Goutte d’Or à Paris  ?

- Gérarld Demôle : J’ai été fort agréablement surpris par la réaction de l’Etat sarkozyste qui a interdit cet apéro “saucisson et pinard”, qui de fait aurait exclu toute une catégorie de la population. C’est une décision surprenante de la part de ce régime. J’en prends acte. Cela va dans le sens de la tolérance et du vivre ensemble. Mais je crains que ça ne dure pas.

Céphéides : Pas de liberté donc pour les apéros “saucisson et pinard”. Pourtant, y vient ou n’y vient pas qui veut, en toute liberté. Après tout, les restrictions auxquelles on se soumet pour des raisons de conviction religieuse sont librement consenties. Il ne devrait donc pas y avoir de sentiment d’exclusion. Que pensez-vous de l’ouverture des piscines à des horaires réservés à telle ou telle catégorie de la population ?

Gérald Demôle : J’y suis favorable. Il faut que chacun ait accès à toutes les activités de son choix, sans distinction, ni discrimination.

Céphéides : Merci Gérald Demôle, nouveau résistant, de nous avoir apporté l’éclairage d’une pensée décidément à contre-courant.

A l’issue de cet entretien, nous sommes allés dîner dans un restaurant italien d’un repas qui pourrait être qualifié d’identitaire, sans aucun trouble à l’ordre public.

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Apéros géants

19/05/2010

Apéros géants via Facebook, un communiqué de la ligue de protection de l’arbre

L’”apéro géant” organisé samedi 15 mai au Mans par les adeptes de Facebook a fait l’objet d’un contre apéritif. Les policiers, venus sans tire-bouchon, ni trompette,  se sont en effet invités à la fête. Ils étaient 200 pour 500 participants. Ces derniers, moins nombreux que prévus et bien décidés à fêter dignement, s’étaient munis de bière, whisky et vodka.

Dérangés à l’heure de l’apéro, les policiers avaient pour mission d’empêcher la jeunesse de s’alcooliser. Le message était clair : pas d’alcool à l’apéritif.

Un reportage télévisé nous a donc présenté un policier obligeant un individu communément appelé “jeune” à vider sa bouteille de whisky au pied d’un arbre de la place. Ses amis étaient invités à faire de même.

Toute mesure a des effets pervers. Et celle visant à interdire la consommation d’alcool lors de ces manifestations sauvages n’est pas sans conséquence.

La ligue de protection de l’arbre s’est émue du déroulement de cet apéritif géant et du spectacle affligeant de bouteilles d’alcool vidées au pied des arbres.

La ligue de protection de l’arbre ne conteste pas le droit de chacun à s’alcooliser, quel que soit son origine ethnique, sa tenue vestimentaire, ses convictions religieuses ou son orientation sexuelle, lors des apéros géants organisés par Facebook, manifestation festive du vivre ensemble.

Mais elle rappelle, qu’associée à la ligue contre l’insécurité routière et à la ligue anti-alcoolisme, elle combat depuis de nombreuses années toutes les formes d’alcoolisme,et spécifiquement l’alcoolisme des arbres.

Elle rappelle les effets désastreux de cette dernière forme d’alcoolisme, les arbres ivres morts traversant les routes, après une soirée arrosée.

Les platanes ont payé un lourd tribut.

C’était l’autre siècle.

Elle rappelle la campagne annuelle de la fête de l’arbre, dont le but est la sensibilisation du grand public au problème des arbres.

Elle condamne donc l’irresponsable décision étatique d’interdiction de l’alcool au Mans ayant conduit à l’alcoolisation des arbres, annonce la création d’une vigie et en appelle au gouvernement pour conduire un débat national “réflexion autour de l’arbre et la jeunesse”.

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Métro

27/03/2010

Y en a qui font pilier de bar,

Ils tiennent le comptoir.

D’autres tiennent le quai,

Le matin direction Nation,

Le soir, de l’autre côté, direction Charles de Gaulle Etoile.

Le métro dégueule ses passagers,

Pressés et sans un regard,

Pour ceux qui stationnent à demeure,

Happés par le sous-sol,

Hirsutes, les yeux hagards,

Titubant à Corvisart.

Deux mondes se côtoient,

Etrangers,

Effrayants,

Le flot incessant et violent,

L’assoupissement insidieux,

Le matin direction Nation,

Le soir, de l’autre côté, direction Charles de Gaulle Etoile.

Pour les uns et les autres,

Chaque jour identique,

Même heure,

Métro Glacière,

Avant à son tour de passer à la trappe,

Et regarder les passagers,

Dégueulés des métros,

Le matin, direction Nation,

Le soir, de l’autre côté, direction Charles de Gaulle Etoile.

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