Les premiers flocons piquetaient les champs de vigne comme autant de grains d’argent d’une photographie noir et blanc.
Le camion avançait, peinant dans les montées.
Un duvet blanc recouvrait peu à peu la route, obligeant le conducteur à ralentir ; la neige glissait sur le pare-brise.
Des virages négociés.
Un long ruban blanc traversant le Morvan.
Des villages fantômes.
Deux feux rouges dans la tempête.
A la sortie d’une courbe, le camion passa devant une station-service presque abandonnée.
Deux pompes étaient scellées à une dalle en béton, en retrait du terre-plein bordant la route sur lequel se balançaient les tarifs des carburants poussés par les rafales de vent.
Derrière la vitrine, une ampoule allumée pendait au plafond ; la porte était entr’ouverte.
Dehors rouillaient des carcasses de voiture, capots ouverts, comme des entrailles offertes au ciel ; des bidons renversés jonchaient le sol ; les herbes folles poussaient au milieu des pneus et des portières.
En limite de ce cimetière, un panneau en bois vermoulu planté de guingois sur lequel il était inscrit : Johnny la Pompe.
