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CANIS CANIS

06/10/2009

Comme tout être animé, le Canis Canis a ses périodes. Les médias s’en font l’écho régulièrement. Ainsi, reprenant mes carnets où je consigne scrupuleusement le moindre fait divers, j’ai remarqué que la saison estivale constituait, pour le meilleur ami de l’homme, un cap assez difficile à passer, un risque de syndrome dépressif. La chaleur écrasante sur le pelage porte les nerfs à vif. On notera par ailleurs que le Canis Canis n’est pas le seul à être sensible aux saisons. Les statistiques mettent en évidence des pics de décès pendant l’été et durant l’hiver chez nos amies les personnes âgées. La question est entière de savoir si le Canis Canis pourrait être atteint par la grippe porcine. Pour cela, nous attendons l’automne avec impatience. Cette année, la grippe est mauvaise.

Mes notes relèvent à la fin de l’été 2007 une recrudescence d’attaques de chien, largement rapportée par les journaux télévisés et les radios, à la source de drames familiaux, les jeunes enfants étant en général les principales victimes.

L’émoi, comment ne pas le comprendre, étant si grand, le Ministre des Affaires Canines, Michèle Alliot-Marie, est intervenu à plusieurs reprises à la télévision pour dire son indignation et expliquait très sérieusement que certains croisements (boxer et labrador) – il ne s’agit pas ici de stigmatiser telle ou telle race de chiens – pouvaient aboutir à la création de véritables monstres.

Le Canis Canis, manifestement sourd aux imprécations du Ministre, continuait ses méfaits. Les attaques se répétaient. Il était temps de réagir. Allant jusqu’à convoquer une réunion interministérielle sur cette question, dans la torpeur de l’été, des mesures, dont on a depuis assez peu entendu parler, furent envisagées, notamment la création du permis de posséder un chien avec test d’aptitude au dressage pour le maître.

Encore récemment, on a appris qu’un chien mordeur, rebelle à la loi, avait attaqué un enfant. Mais l’été n’étant pas encore passé, il est trop tôt pour établir des statistiques et faire un bilan.

La question est cependant loin d’être réglée. Un reportage de France 2 a attiré notre attention en avril dernier sur un fait canin en cours de développement, encore assez méconnu, sur lequel les autorités semblent jeter un voile pudique. Phénomène nouveau, les cités et terrains vagues de certaines villes de Seine-Saint-Denis seraient investies par les chiens errants, toujours plus nombreux. A tel point, apprend-on, que certains habitants craignent de sortir et de laisser leurs enfants jouer dehors.

La Police, saisie de ce problème de sécurité publique, mal préparée, ayant par ailleurs d’autres chats à fouetter, tente d’intervenir. On se doute bien cependant que derrière cette nouvelle forme de délinquance se pose une autre question, plus politique et autrement plus sensible : le contrôle des chiens sans papiers aux frontières. On l’aura tous compris : les chiens errants de Seine Saint Denis sont en situation irrégulière.

Des opérations de capture sont menées par des brigades spécialisées, une traque sans pitié est ouverte. On rapporte ici ou là qu’un chien se serait défenestré. Des contrôles de Police seraient même organisés à la sortie des écoles de dressage ! C’est sans compter avec les associations de défense des chiens clandestins qui compliquent la tâche de la Police. Elles ne craignent ni les morsures, ni les poursuites pénales pour aide aux chiens en situation irrégulière.

Quelle est l’origine de ce grave phénomène de société, sujet de reportage du journal de 20 heures ? D’où viennent ces chiens ?

Perspicace, le journaliste de France 2 fait aussitôt le lien avec le sud de l’Italie dont les régions côtières sont également infestées de chiens errants terrorisant la population. Il fallait en effet toute la sagacité de ce journaliste. Afin de réaliser une enquête fouillée, et le souci de l’information chevillé au corps, il s’est envolé pour l’Italie où nous avons pu entendre les témoignages apeurés de la population.

En réalité, on peut imaginer – on voit combien mon imagination est sollicitée par ce reportage – que la rédaction de France 2 a reçu ces images d’Italie. Quel traitement leur réserver ? Mais Coco, pourquoi ne pas parler des chiens de Seine-Saint-Denis et des chiens italiens dans un même sujet ? Eh, oui, Coco, fallait y penser ! La question a dû être débattue poils et griffes lors des réunions de la rédaction de France 2 avec, toujours, ce souci d’informer et la déontologie du journalisme…

Cependant, après autant de réflexions journalistiques, nous restons stupéfaits et vaguement inquiets à l’issue de ce sujet.

Il n’apporte aucune explication au téléspectateur sur la recrudescence de chiens errants dans nos banlieues.

De plus, la juxtaposition du problème canin français et du problème canin italien dans le même reportage me laisse perplexe : ma maîtresse de CE 1 m’a toujours appris qu’on ne mélangeait pas les serviettes et les torchons ! S’il est à peu près certain que le journaliste de France 2 n’a pas fréquenté la même école que moi – ce qui manifestement est une grande lacune – et que cette formule, qui a le mérite de marquer les esprits des élèves attentifs devenus beaucoup plus tard téléspectateurs avisés, concerne une règle d’arithmétique qui veut que l’on n’additionne pas les unités et les dizaines, il laisse entendre l’existence d’un lien entre les deux phénomènes de société exposés.

Assez logiquement, ma réflexion m’oriente vers cette solution implicite : une migration de chiens italiens vers la France.

Peut-on compléter cette hypothèse ? Des cohortes de chiens migrants, efflanqués, fuyant leur maître pour des raisons politiques, ne supportant plus leur vie famélique autour des décharges, se presseraient sur les côtes d’Afrique du Nord, traverseraient la Méditerranée au péril de leur vie, parfois sans gilet de sauvetage, dans des embarcations de fortune, pour gagner nos banlieues via l’Italie en espérant une prise en charge par la fondation Brigitte BARDOT.

Ce reportage illustre également une nouvelle forme de journalisme télévisé, promis à un bel avenir : le journalisme participatif, qui semble devenir la norme à la télévision.

Le téléspectateur échafaude une histoire à partir d’un sujet télévisé et la soumet ensuite à la rédaction.

David PUJADAS donne la bonne réponse quelques jours plus tard.

Le gagnant passe à la fin du journal de 20 heures et devient célèbre.

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