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Fragments (1)

06/12/2009

Un village de bord de mer. Exposé plein nord. Sa promenade le long de la digue. Et les vagues qui déferlent au-dessus à plusieurs mètres de hauteur, inondant la chaussée. Projetant du varech et des pierres. Quelques rares passants courent dans le soir s’abriter, arc-boutés contre le vent. Le port est à quelques centaines de mètres, en retrait de la jetée, protégé par la double porte  qui s’ouvre ou se ferme au gré de la marée. La lumière verte du phare balaie l’horizon à intervalles réguliers. On aperçoit les rafales de pluie dans son rayon. Le temps est trop mauvais pour sortir. Les chalutiers attendent des heures meilleures.

Un bar encore ouvert projette son éclairage froid sur le front de mer. Dans cet antre, à travers les baies vitrées, on entend des éclats de voix, la musique, le son électronique du flipper, des rires et des cris. Au comptoir, les habitués vident les pastis servis par le patron. Un enfant est assis devant un jeu vidéo. Les matelots passent le temps entre copains, on parle fort, on chahute les filles. Ca pue l’alcool, la clope et ça rigole.  Les bruits du bar s’échappent à l’extérieur lorsqu’un client entre avant d’être de nouveau assourdis. Y’a de l’ambiance au bar de la Plage.

Maintenant, il n’y a plus personne dehors. Les rues sont vides, les boutiques fermées. Tout le monde est calfeutré chez soi, à l’abri, devant la télé qui hurle aussi fort que le vent. Les larmes suintent sur les carreaux des fenêtres. Le papier peint trempé se décolle. Ça pourrit tout doucement à l’intérieur. De temps en temps, une voiture passe à toute vitesse dans la rue principale, en arrière du front de mer. On devine son chuintement clair sur la chaussée mouillée.

Un crissement de pneu retentit soudain. Des cris. La voiture est en travers du carrefour que les gens du pays appellent le Musou. Portières ouvertes. La tôle brille sous l’éclairage blafard du réverbère. A mains nues, les jeunes du coin se cognent la gueule, le sang coule. Des coups de pied sur la voiture. La violence se déchaîne. Des insultes. Un jeune qui fuit en pleurant. De quoi nourrir la vengeance.

Au milieu de la chaussée, un petit garçon enregistre la scène. Il se remet à pleuvoir.

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