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Fragments (2)

14/02/2010
Il avait fui le Musou. Au bout d’un boyau serpentant entre deux immeubles, il avait enfourché sa mobylette. Les larmes au goût de sang. Et la rage au ventre. Roulant à toute allure dans la tempête, sous la pluie battante et les rafales qui le poussaient vers le fossé. Après quelques kilomètres, il prit une petite route en direction de la mer, bordant un camping miteux. Grimpé sur le toit en tôle de sa niche au bout d’une longe prête à rompre, un chien-loup que ses maîtres avaient rendu fou, babines retroussées, aboya férocement à son passage.
 
Il trouva refuge un peu plus loin, dans un cabanon adossé à un blockhaus qui gardait la côte. Le vent projetait des grappes d’écume au-dessus de la digue. Un peu plus à l’est se dessinait la silhouette des premières falaises. Ca puait la pisse dans le cabanon ; les murs étaient couverts de graffitis et de crachats. Sur la terre battue, des canettes de bière, des débris de verre et du papier souillé. Il connaissait bien l’endroit. C’était là que plus jeune, il venait jouer et plus tard fumer en cachette avec ceux-là mêmes qui aujourd’hui voulaient le châtier.
 
Enfin au calme, assis sur la paillasse, trempé et le visage tuméfié, il éclata en sanglots. Il suffoquait de haine et d’infinie tristesse. Puis, il finit par s’endormir. Dans un rêve agité, des hommes au crâne rasé, alignés dans un champ. A genoux et tête baissée, sous le joug d’un soldat aux bottes de cuir. L’un des hommes vient le voir. A l’écart, des villageois attablés décident de son sort. Il devra être exécuté. Il se dirige alors vers une femme qui ajuste le tir. Pour une raison inconnue, elle ne peut le tuer. Alors, il prend un pistolet et se tire une balle dans la tête.
 
La porte du cabanon fracassée. Le vent s’engouffre à l’intérieur et le trouve hagard. Ligoté par les pieds, il est emmené et jeté dans le coffre d’une voiture noire. Il n’a plus la force de lutter. La voiture démarre en trombe.
 
Quelques instants plus tard, il entend le cliquetis des mâts et le vent mugissant si fort qu’il semble tout droit sorti de la gueule béante du Mal.
 
Ils l’ont amené sur le port.
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