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Entretien avec Gérald Demôle, résistant, “Franc-tireur de l’intérieur”

19/06/2010
– Céphéides : Gérald Demôle, bonjour. Le blog Céphéides vous remercie d’accorder cet entretien et d’avoir trouvé le temps de nous recevoir dans votre agenda médiatique surchargé. Le grand public sait que vous êtes toujours par monts et par vaux, pris par vos activités d’intellectuel. A traquer l’injustice, à résister…

C’est ici, dans un grand hôtel niçois que vous aimez vous ressourcer et vous extraire du regard du monde ?

– Gérald Demôle : Oui, j’aime beaucoup ce lieu, qui est très reposant. Les palmiers, la piscine… A deux pas de la plage. C’est une retraite en quelque sorte. Les gens sont très sympathiques, ils sont fraternels. N’oublions pas que nous sommes ici en zone libre.

Gérald Demôle part d’un grand rire.

– Céphéides : Vous avez suivi avec intérêt les commémorations de l’appel du 18 juin 1940. Qu’est-ce que cela évoque pour vous ?

– Gérald Demôle : Cela renvoie à notre époque, qui est tout sauf héroïque. Beaucoup pensent qu’il n’y a plus de combat à mener. L’époque est résignée. Le 18 juin 1940, c’est tout le contraire de la résignation, c’est l’espoir et le souffle de la liberté.

Nous sommes au bord de la piscine, une jeune femme en bikini s’approche. C’est la serveuse. Gérald Demôle commande un banana split.

– Gérald Demôle : Je regrette parfois de n’avoir pas vécu ces moments exaltants. J’aurais rejoint Londres dès les premières heures pour batailler contre les nazis.

– Céphéides : Vous vous qualifiez de franc-tireur de l’intérieur, de résistant. Mais quel acte de votre vie qualifieriez-vous d’acte de résistance ?

– Gérald Demôle : Et bien, je pourrais vous parler par exemple du 21 avril 2002. C’était un très beau week-end ensoleillé, je n’avais pu aller voter car j’étais justement venu ici me reposer en posant une RTT. Merci mon p’tit (Gérald Demôle s’adresse à la serveuse qui revient avec le banana split et lui donne une petite tape sur les fesses). Donc le 21 avril, oui, je me suis effondré à l’annonce des résultats du 1er tour, c’était presque irrationnel, j’étais submergé par l’émotion, une vraie fontaine. C’était en quelque sorte mon 18 juin 40, une capitulation inacceptable. Il fallait retourner au combat, prendre des coups. Rien n’est jamais acquis, même dans la patrie des droits de l’homme. J’ai donc quitté Nice en catastrophe le lundi soir pour rejoindre Paris qui commençait à s’animer. Premières manifs, réunions… Entrer en résistance. Je crois en fait qu’on n’entre pas en résistance, c’est un état permanent, de dire non, de s’opposer au risque de sa vie. Donc, peu à peu les choses se sont organisées, j’avais mes entrées à France Inter, pendant quinze jours on a tenu l’antenne, avec Pascale Clark. Voyez-vous, partout à l’étranger, une telle quinzaine aurait été qualifiée de propagande. En France, c’est de la résistance. C’est ça la France, ou plutôt une certaine idée de la France. Ca a marché, les fachos ne sont pas passés. No Pasaran !

– Céphéides : Et dans la France de 2010, vous pensez qu’il y a encore matière à résister ?

– Gérald Demôle : Plus que jamais. Les libertés sont rognées une à une. Il faut plus de garanties, plus de lois, plus de droits. Prenez par exemple les fichiers de Police. Les caméras de surveillance. Atteinte à la vie privée. Scandaleux ! Qui le dit ?

– Céphéides : Mais vous vous êtes fiché vous-même sur facebook, on connaît vos moindres faits et gestes, vos fréquentations, vos amours, vos vacances, des vidéos de vos soirées. Vous twittez du matin au soir… Vous êtes un intello médiatique !

– Gérald Demôle : Certes, mais c’est librement consenti. Ce qui compte, c’est la liberté, le libre consentement. N’oubliez pas : Liberté Egalité Fraternité. Et j’ajoute : Résistance ! Avec le risque à peu près certain de l’inconfort, inconfort matériel, et le risque du rejet social.

– Céphéides : Pour quelle personnalité actuelle avez-vous de l’intérêt ?

– Gérald Demôle : Et bien, je suis avec attention le parcours de Jérôme Kerviel, entré en résistance contre les puissances financières qui le persécutent. Je vais d’ailleurs lancer une pétition de soutien et lui proposer de se réfugier dans ma résidence du Sud-Ouest, près de Biarritz. Vous savez, il faut craindre l’argent, ses tentations, sa corruption. Il faut le mettre loin de soi.

– Céphéides : Quelle forme peut prendre la résistance aujourd’hui ?

– Gérald Demôle : je répondrai tout de go : la résistance du coeur. Il faut opposer son coeur, le “Care”. Ecouter ses émotions et sa générosité. La résistance doit être citoyenne : il faut que chacun reprenne les commandes politiques en étant à l’écoute de l’autre, dans la fraternité.

– Céphéides : C’est presque un sermon.

– Gérald Demôle : Vous me connaissez, je condamne toute religion, je suis pour la laïcité de combat, il faut lutter pied à pied contre toute forme d’intolérance.

– Céphéides : Oui, mais concrètement, les apéros à la Goutte d’Or à Paris  ?

– Gérarld Demôle : J’ai été fort agréablement surpris par la réaction de l’Etat sarkozyste qui a interdit cet apéro “saucisson et pinard”, qui de fait aurait exclu toute une catégorie de la population. C’est une décision surprenante de la part de ce régime. J’en prends acte. Cela va dans le sens de la tolérance et du vivre ensemble. Mais je crains que ça ne dure pas.

Céphéides : Pas de liberté donc pour les apéros “saucisson et pinard”. Pourtant, y vient ou n’y vient pas qui veut, en toute liberté. Après tout, les restrictions auxquelles on se soumet pour des raisons de conviction religieuse sont librement consenties. Il ne devrait donc pas y avoir de sentiment d’exclusion. Que pensez-vous de l’ouverture des piscines à des horaires réservés à telle ou telle catégorie de la population ?

Gérald Demôle : J’y suis favorable. Il faut que chacun ait accès à toutes les activités de son choix, sans distinction, ni discrimination.

Céphéides : Merci Gérald Demôle, nouveau résistant, de nous avoir apporté l’éclairage d’une pensée décidément à contre-courant.

A l’issue de cet entretien, nous sommes allés dîner dans un restaurant italien d’un repas qui pourrait être qualifié d’identitaire, sans aucun trouble à l’ordre public.

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2 commentaires

  1. J’aimerais beaucoup rencontrer ce Gérald…!Il traînerait pas avec une certaine Martine ou Ségo…?!A quand la prochaine interview d’une personne qui fait avancer l’Humanité…….? A bientôt!


  2. C’est très drôle ce que vous écrit ! J’ai bien aime les deux plus récents aussi. Joliment écrit.



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