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Entretien exclusif avec Gérald Demôle, philosophe indépendant, historien et journaliste

31/03/2012

Je suis un citoyen libre !

C’est à Marrakech que nous reçoit Gérald Demôle en ce début de printemps, volutes de cigare, jolie montre à complications, Cognac. Il fait beau. Nous sommes comme il se doit au bord de la piscine.

Céphéides : Mais, dites-moi, il s’agit de votre propriété ?

Gérald Demôle : Non, il s’agit du riad d’un grand ami, ancien directeur de banque. C’est quelqu’un de très généreux qui aurait pu être d’un grand secours pour la France… J’ai passé une bonne partie de l’année 2011 dans cette magnifique résidence qui s’est trouvée inoccupée. Rien de mieux pour mes travaux que de prendre un peu de recul et observer à distance notre beau pays.

Pour dire l’exacte vérité, Gérald Demôle aurait préféré qu’on ne dévoile pas le lieu de notre interview.

Céphéides : Vous avez vécu le printemps arabe au plus près ?

Gérald Demôle : Dieu merci, les évènements ne sont pas arrivés jusque là. J’ai rencontré à plusieurs reprises le roi du Maroc. Je l’ai prévenu du risque de l’immobilisme et du conservatisme. Les sociétés arabes bougent, elles sont tonitruantes comme on l’a vu. Je l’ai moi-même observé de près. Je suis allé à Syrte, à Tripoli, je suis allé à Benghazi. Je sais combien l’aspiration à la liberté peut tout emporter. Le roi a suivi mes conseils et a lancé des réformes de nature à rassurer le peuple. Il a fallu donner des gages. Cela va dans le bon sens. Il aurait été dommage d’être privé d’une telle propriété. Et sinon, où passer désormais ses vacances ?

Une jeune femme, discrète, s’affaire en silence, déposant un plateau de boissons et de mets délicats.

Gérald Demôle : Ah, vous l’avez remarquée ? Philippine. C’est ma baby-sitter. Les Philippines sont formidables. Douces, serviables… Jamais un mot plus haut. Travailleuses. Des amis parisiens m’ont conseillé d’essayer. Ils ne se sont pas trompés. Quel courage ! Pensez qu’elle a laissé ses enfants à Manille pour venir travailler à Paris ! En plus, elle parle anglais. Pour les enfants, rien de mieux !

Céphéides : Et la campagne électorale ?

G. D : Et bien, je ne vous cache pas ma satisfaction ! Le vent de liberté du printemps arabe semble vouloir souffler jusqu’en France. J’ai bon espoir que l’on sorte de cette obscure période ! Bien sûr, la gauche a dû changer de champion. Ce fut violent, totalement imprévisible. Quel gâchis ! Le peuple de gauche avait là quelqu’un qui comprenait ses aspirations les plus profondes, un candidat aux compétences reconnues internationalement.

Céphéides : Les aspirations les plus profondes du peuple de gauche : vivre dans l’embonpoint bourgeois, la satisfaction de soi, mener grand train ?

G. D : Ne soyez donc pas caricatural. Avoir un peu de confort et de l’argent, ce n’est pas un péché tout de même !

Céphéides : Tiens donc, vous n’auriez pas un peu le cul entre deux chaises ? On n’aime pas l’argent mais on aime quand même en avoir. On est devenu un parti de petits-bourgeois ? Le PS n’aurait-il pas viré à droite ? Oubliant son électorat traditionnel …

G.D : Vous avez raison sur ce dernier point, mais vous êtes en retard, vous parlez de 2002. Les choses ont bien évolué. Et puis, les valeurs ! Revenons toujours aux valeurs : fraternité et justice ! Elles sont le limes, la ligne rouge entre la gauche et la droite.

Céphéides : Mettons de côté le baratin sur les valeurs et revenons à 2002. Finalement, Jospin ne s’est-il pas jeté dans le consumérisme à outrance en disant aux français : vous aurez plus de temps libre pour vous occuper de vous, aller au club de sport, partir en week-end ? Ce mouvement tombait exactement au moment de l’apparition des nouvelles technologies et du tout low cost, les billets d’avion à prix cassé… Finalement, c’était : soyez heureux en consommant plus. Sauf que l’ouvrier, lui, ne s’y est plus retrouvé.

G.D : En quelque sorte, on aurait vendu notre âme au diable ! Peut-être à l’époque, mais aujourd’hui, nous avons Hollande et Mélenchon.

Céphéides : Oui, mais l’électeur de Mélenchon risque de se retrouver fort marri quand il aura un Hollande gestionnaire, à moins que Mélenchon ne se transforme en poil à gratter de Hollande !

Céphéides : Après 10 années passées dans l’opposition, une crise économique mondiale à rebondissement, une crise énergétique, une crise écologique, quelle réflexion apporte le PS ? Quelle nouvelle société ? Quelle remise en question de notre système ? Tout simplement, quels changements ?

Gérald Demôle se penche rapidement pour consulter son Blackberry 3G TX7 qui vient de signaler un tweet de Benoît Hamon : “j’ai vu Mosco il y a trois jours, je l’ai croisé hier et ce matin, mais comment fait Mosco pour avoir tous les jours une barbe de trois jours ? #BHamon”

G.D : A ce Hamon, il se voyait déjà ministre mais en fait on va lui refiler un petit secrétariat d’Etat, alors il le vit mal … Pour répondre à votre question : fraternité et justice. Finis les cadeaux aux riches. L’objectif : réenchanter le rêve français. Il faut créer de nouveaux droits. Une société qui crée de nouveaux droits est une société qui avance. Par exemple, il faut donner un statut au beau-parent dans les familles recomposées. Il faut accorder un droit de garde alterné au beau-parent à l’égard de l’enfant du conjoint en cas de séparation du couple recomposé. Vous voyez, des idées nouvelles, on n’en manque pas. Autre exemple : la sortie progressive du nucléaire est programmée.

La suppression du nucléaire : “de l’avoine pour les écolos”

Céphéides : Programmée sans solution de rechange. Les gens veulent des éoliennes, mais dès qu’on veut en installer une à 800 mètres de chez eux, ils sont contre. Les marins pêcheurs ne voudront pas des champs marins d’éoliennes. Et la consommation électrique ne cesse d’augmenter ! Vive les centrales à charbon ?

G.D : Vous voyez tout en en noir. Le candidat de la gauche a précisé qu’il ne supprimerait qu’une centrale pendant son quinquennat.

Céphéides : Il a déjà abandonné son projet ? Il était prévu d’arrêter 24 réacteurs d’ici 2024. Il supprimera les 23 autres entre 2017 et 2024 ?

G.D : Laissons le nucléaire, c’est une histoire avec Europe Ecologie les Verts, de l’avoine pour les écolos. La mère Duflot n’est pas commode vous savez ! L’idée majeure à mon sens : c’est la décroissance. C’est par là qu’on s’en sortira. Réduire la gabegie ! Se recentrer sur la proximité. S’indigner et résister !

Céphéides : Allons Gérald Demôle ! Vous partez en week-end à trois heures de vol deux fois par mois, vous avez fait un aller-retour à Paris faire la queue au mobile store pour acheter le dernier Blackberry 3G TX7, vous ne pouvez pas vous passer de la climatisation et vous me parlez de décroissance ! Vous faites un drôle de résistant.

G.D : Mais dites-donc, je fais encore ce que je veux comme je veux ! Je suis un citoyen libre !

Céphéides : Un citoyen ou un consommateur ?

G.D : Un citoyen, très cher. Quand je parle de justice, de fraternité ou encore de décroissance, par mon vote, je délègue à l’Etat la mission d’assurer l’effectivité de ces valeurs.

Céphéides : En quelque sorte, je vote et je m’en lave les mains. C’est l’alliance parfaite du consommateur et du citoyen.

Sur ce, Gérald Demôle en perd son cigare et se trouve pris d’une inextinguible toux. Une jeune femme accorte habillée d’un paréo s’empresse de lui tapoter le dos, lui remplit un nouveau verre de Cognac et lui prodigue mille et un soins.

G.D : Merci mon p’tit. Et s’adressant à moi , furieux : quant à vous, vous sortez d’ici !

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One comment

  1. Bel exemple de la contradiction humaine, de la « liberté de penser » d’un certain chanteur par exemple…



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