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Le Gypaète Barbu

17/06/2012

Une forme claire repose au pied de l’effondrement rocheux bordant le torrent, au fond du vallon de la Sassière. A cette distance, il perçoit trois ou quatre silhouettes noires qui accomplissent leurs basses oeuvres avec avidité, sautillant sur la charogne, voletant tout autour. Le mouton ou quelque cabri a chuté des pentes herbeuses situées au-dessus de la barre rocheuse. Peut-être déséquilibré par les frôlements incessants d’un grand rapace.

Le gypaète plane au-dessus du vallon où il repasse régulièrement. Il attend son tour, il attend que les corbeaux en aient fini de leur macabre festin.

Il capte un courant ascendant au-dessus de la barre rocheuse et s’élève en quelques secondes de plusieurs centaines de mètres. Il tournoie sans effort dans l’espace infini. Jouant du relief, il longe les falaises et se laisse descendre le long des versants herbeux avant de rebondir sur la colonne d’air surchauffée par le pierrier.

Il parcourt les vastes distances de son territoire, petit point noir devant le glacier du Ruitor qui barre la haute vallée. Il recherche une carcasse, de quoi se repaître.

A nouveau, il revient vers le torrent. Au bout de ses ailes, les rémiges toutes déployées frémissent sous la poussée de l’air, s’adaptent au moindre tressaillement de l’atmosphère, comme les touches d’un piano automatique. Sa grosse tête roussâtre regarde à droite, à gauche.

En bas, les costumes noirs sont toujours à leur banquet. Ils discutent le bout de gras.

Lui est le maître des lieux. Il achève le travail. Dernier maillon de la chaîne, selon l’ordre de la nature.

Enfin c’est son tour. Les corbeaux ont terminé. Il peut enfin se poser sur la carcasse. Le rôle qui lui est assigné est tout simplement de se nourrir des os de la charogne : de cette façon, il ne restera plus rien. Sans honte, sous le bruit assourdissant du torrent, il procède au nettoyage. Il s’envolera dans les airs avec dans ses puissantes serres les os les plus gros qu’il fracassera sur les rochers pour ensuite les manger.

Repu et le travail accompli,  il reprendra son vol face au Ruitor, à la recherche d’autres charognes.

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One comment

  1. Scala naturae! ah commentaire tardif pour un texte bien écrit, comme à l’accoutumée.A bientôt pour un autre regard sur la vie.



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