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Le bouquetin du col Valante

06/10/2013

De Chianale, village du Piémont italien, je remontai en montagne. Quittant la route du col Agnel, frontière entre la France et l’Italie, le sentier s’engageait vers l’est dans le vallon de Soustres. Vers 2 200 mètres d’altitude, je m’arrêtai et installai mon bivouac sur un replat du terrain. L’atmosphère de plus en plus humide fraîchissait et le brouillard descendait de Punta Seras, la crête qui fermait le vallon. Le silence angoissant envahissait l’espace. J’étais seul en montagne.

Après avoir monté ma tente, je préparai rapidement mon repas du soir sur le réchaud à gaz.  Une soupe en poudre mélangée à de l’eau puisée au torrent,  un morceau de fromage, du pain. La visibilité était désormais réduite à quelques mètres. De temps à autres, un lambeau de brouillard se déchirait laissant apercevoir un bref instant les falaises grises et déchiquetées de Costa Bonafonte.

Je n’avais plus rien à faire d’autre que d’attendre la nuit et me coucher.

Au petit matin, vers 6 heures, le givre avait recouvert ma toile de tente. Un café sur le réchaud, encore du pain. Petit déjeuner frugal. Je démontai mon bivouac et m’enfonçai dans le vallon, la pente devenant toujours plus forte. Un peu plus tard, je franchis le pas de la Lossetta à 2 872 mètres d’altitude avant de perdre un peu d’altitude et d’obliquer vers le nord à travers le pierrier sous la Pointe Johanne. De là, il fallait gagner le col Valante à 2 815 mètres d’altitude avec à main droite le Monte Viso, le maître des lieux.

Arrivé au col, des cris et des voix retentissaient dans le silence de la montagne. Je n’étais plus seul. Un groupe d’Italiens grimpait le col côté français en provenance du refuge du Viso.  » El sommito ! El Sommito !  » criaient-ils. Ils s’exclamaient, riaient, parlaient bruyamment et arboraient des banderoles sur lesquelles il était écrit « El Sommito ».

J’attendais leur passage assis sur un rocher contemplant le nord du Queyras.

Rapidement le brouhaha s’estompa pour laisser place au silence. Et au son clair de pierres déplacées délicatement, unes à unes : un peu plus loin, majestueux, un vieux bouquetin avec deux longues cornes traversait lentement le col, s’arrêtait, regardait le fond de la vallée, flânait avant de continuer pas à pas dans le pierrier et disparaître.

Ce spectacle, les Italiens ne l’ont pas vu.

Ce jour-là, c’est comme un cadeau que la nature m’avait spécialement réservé.

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