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Pour changer de métier

29/04/2014

La reconversion professionnelle est souvent longue et difficile. Témoignage.

« Je suis dépité ». Ce juriste de 41 ans ne cache pas sa déception. Après avoir adressé sa candidature pour un poste de journaliste juridique à la société Jurisystem, il n’a même pas été contacté. Incroyable quand on sait qu’il remplit toutes les conditions demandées. Après une expérience professionnelle de 15 années, il ne semble pas retenir l’attention du recruteur. A tort bien sûr. Et sans doute à cause de cette fâcheuse tendance à vouloir mettre les gens dans des cases. « Et surtout à ne pas vouloir admettre qu’on puisse avoir envie d’en changer » poursuit-il. Après un cursus de droit classique, il s’est orienté vers la profession d’huissier de justice. Il est titulaire de l’examen professionnel. Les années passant, le jeune quadragénaire se rend compte que le métier qu’il avait choisi ne lui apporte plus de satisfaction. « Il me manquait l’aspect réflexion juridique et recherche ». Il se lasse de ne plus apprendre. Dans le même temps, intéressé par l’écrit, il suit des cours d’écriture journalistique à l’Ecole des métiers de l’information à Paris. « Cela a été la révélation ! » s’enthousiasme le futur journaliste. « J’ai retrouvé le goût du travail, avec le souci du mot juste. Reprendre, réécrire, presque de l’artisanat » continue-t-il. D’où l’idée de poursuivre dans cette voie en s’appuyant éventuellement sur ses compétences juridiques. En 2013, à l’occasion de la mutation professionnelle de sa compagne, il démissionne. C’est le moment ou jamais de se lancer et de tenter la reconversion professionnelle. Arrivé en Normandie, il trouve rapidement un poste de correspondant de presse à la rédaction d’Evreux du journal Paris Normandie. « Le travail quotidien m’a permis de confirmer mon plaisir d’écrire tout en satisfaisant ma curiosité, j’apprends plein de choses ! ». Il n’est cependant pas au bout du chemin. Et se heurte aux rigidités françaises : « Les deux devises de ce pays sont don’t do it et no, you can’t ! » conclut-il sans perdre espoir.

Cas d’espèce …

 

Pendant ses derniers mois passés à l’étude d’huissier de justice parisienne où il travaillait, il se souvient d’une affaire dont il s’était occupé.

La cliente est chargée de communication indépendante. Elle avait réalisé un travail pour une association qui organisait des stages de voile en Bretagne. Au moment de lui réclamer le solde, cette dernière non seulement lui refuse le paiement mais lui réclame le remboursement de ce qu’elle lui a versé au motif que le travail n’aurait pas été exécuté. L’histoire s’arrête là jusqu’au jour où la cliente apprend que son compte vient d’être saisi. C’est le banquier qui l’en informe. Elle contacte alors l’huissier saisissant et apprend qu’elle a été condamnée par un juge de proximité de Paris au paiement de ce qu’elle avait perçu de l’association. En toute bonne foi, elle indique n’avoir jamais reçu d’assignation, ni d’acte de signification du jugement. Et pour cause, ces deux actes lui ont été délivrés à sa dernière adresse connue. Alors même que toutes les pièces du dossier démontrent que l’association ne pouvait ignorer sa nouvelle adresse. Au moment de la saisie-attribution, elle est hors délai pour former opposition au jugement rendu par défaut. Elle souhaite saisir le juge de l’exécution et obtenir l’annulation de l’acte d’exécution. Notre juriste s’empresse donc de rédiger une assignation devant le juge de l’exécution : il démontre dans sa motivation que l’association avait tous les moyens de toucher son adversaire à la bonne adresse qui figurait sur les factures et échanges de mail. De même, l’huissier pouvait découvrir sans peine cette adresse en consultant les pièces contenues dans l’assignation qu’il avait délivrée. La preuve est ainsi rapportée que l’association ne pouvait méconnaître l’autre adresse de la chargée de communication. Le grief réside donc dans l’impossibilité de former opposition au jugement, car signifié à une mauvaise adresse, et dans la mesure d’exécution subséquente. Le juge entendra ces arguments et annulera l’acte de signification de jugement. Et en tire toutes conséquences concernant la mesure d’exécution sur le fondement de l’article 503 du code de procédure civile :  

Les jugements ne peuvent être exécutés contre ceux auxquels ils sont opposés qu’après leur avoir été notifiés, à moins que l’exécution n’en soit volontaire.

  L’acte de signification étant annulé, la saisie-attribution reposait sur un jugement non signifié et a donc été annulée par le juge de l’exécution. En prime, la cliente peut désormais contester le jugement en formant opposition. N’ayant pas été valablement signifié, le délai pour exercer la voie de recours n’a pas couru.    

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